Affaire Franck Biya vice-président du Cameroun : une intox au-delà des frontières camerounaises

Affaire Franck Biya vice-président du Cameroun : une intox au-delà des frontières camerounaises
Le président Paul Biya du Cameroun

Plusieurs publications qui sont vastement partagées sur les réseaux sociaux soutiennent que le président du Cameroun, Paul Biya, a nommé son fils Franck Biya au poste de vice-président. Si le poste de vice-président a été effectivement crée au Cameroun, il est important de noter qu’aucune nomination à ce poste n’a été faite.

Tout part d’un prétendu décret annonçant la nomination du fils Biya (Franck) au poste de vice-président. Le document partagé sur Facebook précise en son article premier que « Monsieur Franck Emmanuel BIYA est nommé Vice-Président de la République du Cameroun ». Il est aussi « nommé Responsable Chef des Armées » et également « Ministre Délégué à la Défense de la République du Cameroun ». Franck Biya – avec autant de fonctions – deviendrait de facto le deuxième homme d’Etat le plus important du Cameroun après son père. La nouvelle de cette prétendue nomination est aussi relayée par la presse anglophone (ici et ici).

Une recherche par mot-clé avec les groupes de mots « Franck Biya vice-président Cameroun » + « Paul Biya vice-président Fanck Biya » + « nomination vice-président du Cameroun » nous donne de constater qu’aucun média crédible n’annonce cette nomination. Les seules actualités en lien avec la fonction de vice-président du Cameroun portent sur le vote du parlement camerounais ayant entériné la création du poste le 4 avril 2026. 205 voix pour et 16 contre pour une réforme qui est censée garantir la continuité de l’État en cas de vacance du pouvoir.

Mais depuis la création de ce poste, aucune personnalité au Cameroun ne l’occupe. Le document circulant sur les réseaux locaux et qui prétend montrer que le président camerounais Paul Biya a nommé son fils au poste de vice-président est loin d’être authentique. Le premier indice qui saute aux yeux est la date du document. Alors que le vote a eu lieu au parlement camerounais le 4 avril 2026, le communiqué largement relayé sur Facebook est également daté du 4 avril 2026. Une nomination avant la création formelle du poste ? Cette thèse est défendue par un internaute sur X.

En parcourant les décrets signés par le président Paul Biya depuis le 27 mars 2026 (ici, ici et ici), aucun ne mentionne Franck Biya comme étant vice-président. Une vérification sur les canaux de communication officiels du gouvernement camerounais permet de voir que le communiqué viral ne ressemble en rien aux vrais communiqués du gouvernement camerounais.

Les décrets signés par le président Paul Biya ont une présentation très différente : le numéro de décret et la date sont apposés par tampon dateur, le mot « vu » qui marque le début que chaque alinéa est en gras et décalé du reste de la phrase, le nom des personnes faisant l’objet d’une nomination est toujours en gras, la signature du président sur le vrai document est différente de celle figurant sur le document viral sur Facebook et pour finir la date précédant la signature et le cachet du président de la République du Cameroun est apposé une nouvelle fois par tampon dateur.

A gauche le faux décret et à droit un vrai décret signé par le président Biya

Des recherches avancées en français et anglais sur un possible démenti officiel du gouvernement camerounais nous ont permis de retrouver un communiqué diffusé par le consulat du Cameroun à Nairobi (Kenya). Plusieurs médias dans ce pays ont annoncé entre le 6 et le 7 avril 2026 que le président Paul Biya avait nommé son fils au poste de vice-président. Le communiqué cite notamment la Kenya Broadcasting Corporation (KBC), Tuko, Nation Fm Kenya, Kenya Times, Star Kenya, Signs Tv et Weru TV. Le consulat précise qu’il s’agit d’une « fausse information » invitant « les médias susmentionnés à présenter leurs excuses et à corriger immédiatement leur erreur ».

Paul Biya règne depuis 1982 sur le Cameroun. Il a été réélu à 93 ans pour un huitième mandat. Son âge avancé donne lieu à toutes les spéculations sur sa succession et la stabilité du Cameroun post-Biya.