Cette image ne montre pas une manifestation en RDC : elle a été modifiée par IA

Cette image ne montre pas une manifestation en RDC : elle a été modifiée par IA

Le débat sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo (RDC) est devenu le point de friction politique central du pays. La mouvance au pouvoir et les partis d’opposition n’ont pas la même compréhension du projet ; les derniers cités évoquant un recul démocratique. C’est dans ce contexte que des publications sur Facebook annoncent que des manifestions contre la réforme constitutionnelle ont éclaté en République démocratique du Congo (RDC). Attention, l’image censée montrer une mobilisation a été modifiée grâce à une IA.

L’actualité politique en RDC est marquée par une lutte autour de la succession du pouvoir sous couverture de réforme institutionnelle et d’une crise sécuritaire. Officiellement le camp du président Félix Tshisekedi affirme que la Constitution actuelle est mal adaptée aux réalités congolaises et héritée d’une période de transition post-guerre.

Les alliés de la mouvance présidentielle s’alignent sur cette position évoquant une réforme utile au fonctionnement des provinces, d’un éventuel changement du mode de scrutin, d’une rationalisation des élections et parfois d’un allongement du mandat présidentiel. Officiellement, le pouvoir soutient qu’il ne s’agit pas d’un « plan pour rester au pouvoir », mais d’une « modernisation de l’État ».

L’opposition est alarmée parce que dans l’histoire politique africaine récente, la notion de « réforme constitutionnelle » est souvent le mécanisme utilisé pour contourner la limitation des mandats, prolonger un mandat en cours, reporter les élections ou pire s’éterniser au pouvoir pour les présidents en exercice. Sur ce dernier point la récente déclaration du président Félix Tshisekedi n’est pas de nature à rassurer l’opposition : « si le peuple veut un troisième mandat, j’accepterai ».

Félix Tshisekedi, président de la république démocratique du Congo depuis le 25 janvier 2019 (photo Présidence RDC)
Félix Tshisekedi, président de la république démocratique du Congo depuis le 25 janvier 2019 (photo Présidence RDC)

La RDC avait déjà vécu une crise majeure sous Joseph Kabila lorsque les élections prévues en 2016 avaient été reportées pendant plusieurs années. Cela avait provoqué des manifestations, des répressions et une crise de légitimité.

Le débat sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo a déjà poussé des Congolais dans la rue ? C’est ce que soutiennent des publications (1, 2) sur Facebook photo à l’appui.

Aucune preuve de manifestation

« #URGENT : A la place de la #constitution, La campagne changeons Félix Tshisekedi à débuté. Quelles sont vos impressions ? Nous avons besoin de vous peuple #congolais (sic) », voici le texte qui accompagne une photo où l’on peut voir des manifestants tenant deux banderoles. Sur la première on peut lire « Non au changement de la constitution » et sur la seconde « Changeons plutôt Félix Tshisekedi ». Le texte et la photo sont accompagnés des hashtags #Kinshasa #mbujimayi #lubumbashi #RDC #Congo #UDPS #Opposition #debat et #politique.

Capture d’écran Facebook effectuée le 22 mai 2026
Capture d’écran Facebook effectuée le 22 mai 2026

La publication qui cumule depuis le 18 mai 2026 plus de 1200 likes et 560 commentaires est censée être la preuve de la colère du peuple congolais…sauf qu’aucun média aussi bien en RDC qu’à l’international n’évoque des manifestations contre la réforme constitutionnelle. Une recherche par mot-clé avec les groupes de mots « réforme constitutionnelle en RDC » + « manifestions contre la réforme constitutionnelle en RDC » permet de le confirmer. Pas un seul article publié sur le sujet par un média crédible.

En ce qui concerne l’image, nous effectuons une recherche d’image inversée. Le résultat suggéré par Google permet de constater que l’image utilisée pour annoncer le début des manifestions contre la réforme constitutionnelle en RDC est présente sur internet depuis 2023. L’image de l’agence AP a été prise au Kenya et non en RDC.

Capture d’écran Google effectuée le 22 mai 2026
Capture d’écran Google effectuée le 22 mai 2026

Elle a été utilisée par le journal français Le Monde pour illustrer un article portant sur des manifestations antigouvernementales à Nairobi. « Des manifestants dans une rue du quartier de Mathare, à Nairobi, le 12 juillet 2023. AP » précise la légende qui accompagne l’image. La même image est utilisée par Africanews pour illustrer une autre manifestation en 2024. Le média précise également que l’image a été prise en 2023 à Nairobi.

Les deux banderoles qui figurent sur l’image virale ont été rajoutées à la photo d’origine. Certaines incohérences visibles sur la photo nous orientent vers une IA. En effet, en comparant l’image retouchée et l’image d’origine on peut observer des indices typiques des images générées ou modifiées par une IA. Il s’agit de la déformation des visages et des membres, d’objet supprimé par l’IA ou de l’expression du visage modifiée.

Sur les images on remarque que l’IA a déformé le doigt du manifestant en rouge qui se tient devant les flammes (1), elle a supprimé la bouteille d’eau au sol (2), elle a fermé la bouche des manifestants (3), elle a aussi orienté le regard du manifestant à la casquette grise vers la gauche (4) et déformé les doigts de la main levée d’un manifestant arrêté derrière la banderole de droite (5).

Collage pour la comparaison entre la photo virale sur Facebook à gauche et la photo d’origine (AP) à droite
Collage pour la comparaison entre la photo virale sur Facebook à gauche et la photo d’origine (AP) à droite

En passant l’image dans un outil de détection d’images générées par IA, comme le logiciel Hive Moderation, l’analyse nous confirme qu’elle a au moins 50% de chance d’avoir été modifiée par une IA.

Capture d’écran Hive Moderation effectuée le 22 mai 2026
Capture d’écran Hive Moderation effectuée le 22 mai 2026

L’image virale censée montrer le début des manifestations contre la réforme constitutionnelle en RDC est en réalité une photo de l’agence AP prise en 2023 à Nairobi (Kenya) lors de manifestations antigouvernementales. Elle n’a donc aucun lien avec la RDC et le débat politique actuel dans ce pays d'Afrique centrale.