Benath Company : la société cachée d’Akossi Bendjo dans les paradis fiscaux
L’actuel maire du Plateau, Noël Akossi Bendjo, a créé depuis 1997 une société dans un paradis fiscal, les Bahamas. Mais pour ne pas apparaitre officiellement comme actionnaire, il a mis en place un montage opaque avec l’aide du cabinet d’avocat Mossack Fonseca, spécialisée dans la création de sociétés offshores. Grâce à des fuites de millions de documents confidentiels, nous avons tenté de comprendre les raisons de la création de cette société offshore, Benath Company LTD.
Secrétaire exécutif du Parti
démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, parti membre de la coalition RHDP au
pouvoir), président du Conseil d’administration de Société ivoirienne de
raffinage (SIR) jusqu’en mars 2018, maire depuis 2001 du Plateau (le centre des
affaires de la capitale économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan)…, Noël Honoré
Charles Akossi Bendjo n’est pas seulement un homme politique de premier plan.
Il est aussi un homme d’affaires.
Et dans le business, le profit maximum
reste le leitmotiv. Pour ce faire, cet ingénieur en génie chimique de 67 ans
s’est orienté vers les Bahamas, l’un de ces territoires où la fiscalité est
quasi-inexistante et l’anonymat est garanti pour les véritables propriétaires
de sociétés créées. Pourquoi s’est-il exilé dans ce paradis fiscal ?
Grâce à une enquête réalisée dans le
cadre du projet « West Africa Leaks », la plus vaste
collaboration de journalistes de l’Afrique de l’ouest (regroupant 13
journalistes de 11 pays) avec le Consortium international de journalistes
d’investigation (ICIJ) et la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme
d’investigation en Afrique de l’ouest (CENOZO), plus de 27,5 millions de
documents confidentiels ont été exploités.
Il ressort que Noël Akossi Bendjo a créé
depuis 1997 une société dans un paradis fiscal, les Bahamas. Mais selon les
documents en notre possession, pour ne pas apparaitre officiellement sur
certains documents, le maire de la commune du Plateau (Abidjan) a utilisé un
montage opaque, ainsi qu’une société écran avec l’aide du cabinet d’avocat
Mossack Fonseca (Mossfon).
Bendjo sollicite ce cabinet d’avocats
spécialisé dans la création et l’administration de sociétés offshores et qui a
ses bureaux partout dans le monde : Royaume Uni, Etats-Unis, Hong-Kong,
Luxembourg, Singapour, Emirats Arabes Unis, Brésil, Bahamas…
Le 18 mars 1997, alors qu’il était nommé
cette année-là directeur général de Société ivoirienne de raffinage (SIR, une
entreprise publique), il crée la société Benath Company Limited. La société
sera alors enregistrée par Mossack Fonseca et sera domiciliée au siège de ce
cabinet d’avocats aux Bahamas, comme c’est le cas pour la plupart de nombreuses
sociétés offshores. Mais Mark Elliott (domicilié à Londres) est alors désigné
comme « premier directeur » de cette société
offshore d’un capital de 5 000 dollars (environ 3 millions de francs Cfa).
Ce dernier, comme le montre nos
documents, semble n’être qu’un homme de paille afin de dissimuler l’identité de
la véritable personne qui se cache derrière cette entreprise : Akossi
Bendjo. Pour résumer, la société Benath Company a son siège aux Bahamas,
dispose d’un directeur résidant à Londres et un détenteur d’actions se trouvant
lui à Abidjan.
Les sociétés offshores peuvent être
légales mais se trouvent être en même temps au cœur d’un vaste système de
dissimulation. En effet, leurs propriétaires cherchent bien souvent à
dissimuler l’argent sale ou à échapper au fisc. En clair, les individus et
entreprises sollicitent en général les paradis fiscaux pour éviter de payer
davantage d’impôts dans leur pays ou là ils réalisent des activités. Par
exemple : entre 1998 et 2015, Benath Company a payé entre 300 et 600
dollars annuels à l’administration fiscale du Bahamas.
Pour l’administration de la société,
un « second directeur » est nommé. Ainsi, dès sa
création en 1997, Benath Company LTD est co-dirigé par Kouakou Yao Auguste
Haccandy, un ivoirien domicilié à Abidjan. Interrogé par Eburnie Today,
ce dernier, également conseiller municipal au Plateau, affirme qu’il ne sait
pas à qui appartient Benath Company. Il soutient que c’est Mark Elliott, qui
lui a été « présenté par les amis de la SIR à l’époque,
Bendjo et autres », qui l’a contacté et lui a donné un mandat.
« C’est lui le dirigeant de la
structure. Et moi il m’a donné un mandat de représentation pour la Côte
d’Ivoire. Donc je ne suis pas le dirigeant de Benath International. J’ai eu un
mandat pour les représenter en Côte d’Ivoire, de rechercher des marchés pour
eux », défend-il.
Un choix qui ne s’est pas fait au
hasard. Ce cadre financier est un homme d’affaires.
Montage opaque et société écran
Pourtant, selon les documents internes
du cabinet Mossfon consultés, le capital de Benath Company est libellé en 100
actions au porteur (bearer shares). Et l’on constate que l’actuel maire du
Plateau détient ces actions de cette entreprise. Seulement, officiellement, il
ne souhaitait apparaître nulle part : un anonymat qui peut lui permettre
de réaliser des opérations sans laisser de traces.
En plus, selon des documents datés du 18
mars 1997, Elliott et Haccandy ont été nommés comme les premiers
administrateurs de la société, et doivent « servir comme tels
jusqu’à ce que leur (s) successeur (s) aient été élus ou jusqu’à leur démission
ou révocation ». Ils semblent être des prête-noms – appelés dans le
jargon, les nominees ou nominee directors – qui apparaissent comme les gérants
officiels de la société.
Jessica Ebrard, coordonnatrice
anti-blanchement à l’ONG Transparency International, interrogée par ICIJ,
décrypte cette pratique : « Les administrateurs nominés et les
« actions au porteur » obscurcissent la réalité de qui opère
réellement ou bénéficie de l’entreprise. En effet, ils sont enregistrés comme
les propriétaires légaux d’un actif sans réellement posséder le droit de jouir
de ses avantages. Les administrateurs mandataires et les « actions au
porteur » sont utilisés avec des structures d’entreprise complexes et
opaques mises en place dans différentes juridictions, ce qui permet de cacher
facilement les propriétaires bénéficiaires de la société ».
Mais la volonté de renforcer davantage
l’anonymat est claire. Les dirigeants délivrent en outre toutes les parts de la
société à un intermédiaire de façade. « SCP B. Claver est maintenant
propriétaire de 100% des actions de Benath Company Ltd. », mentionne
le procès-verbal d’une réunion en date du 4 juillet 2005. « Benath me
dit : ‘’je t’ai donné un mandat, en vertu de ce mandat, signe que je cède
mes parts à SCP B. Claver’’, moi je signe », fait valoir Haccandy, qui
affirme ne pas connaitre cette société.
En tout cas, cette opération s’appelle
le shareholding. Cet actionnaire intermédiaire (nominee shareholder) est en
réalité une société écran pour Benath Company auprès de Mossack Fonseca. Ce
procédé permet aux véritables propriétaires de ne pas être démasqués. C’est une
couche supplémentaire de protection.
La méthode est classique. Après la
création de Benath Company, Mark Elliott « a présenté sa
démission » de la société lors d’une réunion des directeurs le 10
mai 2001 à Abidjan (Côte d’Ivoire), révèle le procès-verbal de cette rencontre.
Deux ivoiriens sont officiellement aux commandes de Benath Company :
Kouakou Yao Auguste Haccandy et Serge Mobio.
Akossi Bendjo actionnaire de
l’entreprise aux Bahamas à 100%
Ce dernier fait son entrée dans
l’entreprise avec 1 part contre… 99 parts pour Noël Akossi Bendjo. « Je
ne suis pas actionnaire », a néanmoins rejeté
l’actuel maire du Plateau répondant à nos questions le18 mai après plus d’un
mois de demande d’interview et de nombreuses relances. « Les
documents scellés sont chez le notaire aux Bahamas. Je suis
administrateur » depuis 2014, fait valoir le Secrétaire exécutif
du PDCI en charge de la mobilisation, numéro 3 du parti.
Flou autour d’une opération de 2
milliards
Benath Company a fait des affaires sur
les bords de la lagune Ebrié. Auguste Haccandy assure que cette société
offshore a « fait une affaire en Côte d’Ivoire avec un capital de 80
millions [de francs Cfa] : la société qui a été créée, qui est Klenzi, la
seule » – Klenzi est créée en 1998. Mais, quand on lui rappelle
plus tard l’investissement dans la Société de Tuyauterie et de chaudronnerie
d’Abidjan (STCA), il se reprend : « Benath a fait deux
affaires en Côte d’Ivoire par moi ».
D’abord, Haccandy déclare – il nous a
reçus deux fois dans son bureau au Plateau – que les actionnaires de Klenzi
Distribution sont Jean Yoou Dogo (actuel vice-président du Conseil
régional du Sud-Comoé – Aboisso), lui-même (avec 9% des actions), et Benath
Company, l’actionnaire majoritaire avec des parts « de l’ordre de
60% ». Mais ses parts retombent à 1,2% lorsque le capital de la
société est ensuite relevé à 774 millions de francs Cfa. En 2010, Klenzi a créé
un Groupement d’intérêt économique (GIE) avec la société BEN & CO au Mali
pour l’approvisionnement en carburant de la mine d’or de Tongon, dans le nord
de la Côte d’Ivoire.
Par ailleurs, se souvient Haccandy,
après « plus d’un an » de négociation qui a abouti à
la « mi-2014 », Afriquia, filiale du groupe énergétique marocain Akwa
group, prend le contrôle de Klenzi Distribution dont la vente a été motivée par
sa faillite. Afriquia a acquis 80% du capital du distributeur ivoirien de
produits pétroliers. Montant de l’opération, selon Le Monde : 6,9 millions
d’euros (plus de 4,5 milliards de francs Cfa) pour l’achat d’une quinzaine de
stations-service.
Mais en prenant en compte les actifs et
les passifs, le rachat aurait rapporté moins aux actionnaires. « C’est
en dessous de 2 milliards qu’ils ont payé globalement. Donc quand j’entends les
4,5 milliards et tout ça… C’est en dessous de 2 milliards », assure
Haccandy. Réponse de Bendjo – qui a « signé » l’acte de cession de
Klenzi pour le compte de Benath Company, selon Haccandy – sur le montant de ce
rachat : « Je ne sais pas ».
Les actionnaires ont-ils perçu l’argent
de ce rachat ? « C’est des choses qui se font chez notaire.
Ils [les Marocains qui ont racheté Klenzi] ont viré l’argent sur le compte du
notaire et le notaire nous a payés. Après le notaire nous a demandé de donner
nos comptes, il a fait des virements », rappelle Haccandy. Mais Bendjo
donne une version contradictoire : « la société a été vendue.
Rien n’a encore été distribué aux actionnaires. Ça y ait chez Benath. Mais en
tant qu’actionnaire, les actionnaires n’ont encore rien reçu. Ce sont des
choses qui sont en attente. Pour le moment, rien n’a été redistribué. C’est la
société qui a été vendue. Pour le moment, les individus n’ont rien reçu ».
L’élu municipal dit-il toute la vérité ?
Alors que se fait l’opération de rachat
de Klenzi, la réactivation de Benath Company aux Bahamas est
demandée en novembre 2014 au cabinet Mossack Fonseca – cette réactivation, qui
a permis d’éponger les impôts et taxes de 2010 à 2014, a coûté au moins 4 860
dollars. Après avoir passé 17 ans dans l’ombre, Bendjo décide d’apparaitre au
grand jour. Ainsi, au terme d’une réunion de direction le 4 décembre 2014 à
Abidjan, il devient le directeur de Benath Company avec « effet
immédiat » en remplacement de Haccandy et Mobio.
Noël Akossi Bendjo, un gros bonnet de
l’évasion fiscale ? (Photo DR)
En même temps, l’actuel maire du Plateau
a décidé de constituer le 24 décembre 2014 une succursale de Benath Company en
Côte d’Ivoire. Pour Bendjo, Benath n’a pas fait d’évasion fiscale : « C’est
quoi le problème ? Je n’ai pas besoin de vous expliquer. Vous n’êtes pas
propriétaire de la société. Ensuite, vous n’êtes pas l’administration fiscale.
Je ne peux pas expliquer aux journalistes le fonctionnement d’une société.
Est-ce qu’il y a eu évasion fiscale ? A ce propos, je vous ai dit qu’il
n’y a pas d’évasion fiscale. Il n’y a pas de bénéfices qui a été
distribué » avec Klenzi.
Mais pour une société qui n’a pas
rapporté de l’argent à ses actionnaires, pourquoi avoir utilisé un montage
opaque et une société écran avec l’aide d’un cabinet d’avocats basé dans un
paradis fiscal ? On remarque que Benath Company, avec un capital d’environ
3 millions de francs Cfa, a investi dans Klenzi Distribution dont le capital a
atteint plus de 700 millions de francs Cfa. En tout cas, observe Jessica Ebrard
de Transparency International, « les sociétés offshores favorisent
les mouvements secrets d’argent » et l’évasion fiscale.
Ce qui a des conséquences sur l’économie
et les conditions de vie des populations. « En permettant la
corruption, les entreprises offshores privent des pays en développement de
fonds publics nécessaires destinés aux hôpitaux, aux écoles, à l’eau potable et
aux routes qui fonctionnent, accentuant ainsi les inégalités économiques »,
explique-t-elle.
Conflit d’intérêt
Les deux ivoiriens qui ont dirigé Benath
Company pendant de longues années sont des acteurs clés aux côtés du maire du
Plateau. En effet, selon des documents publics, le 1er juin
2011, Kouakou Yao Auguste Haccandy est désigné nouveau président du Conseil
d’administration de la société Klenzi Distribution, et Serge Emmanuel Mobio est
coopté « en qualité d’administrateur représentant la société
Benath Company Limited ». Des changements stratégiques qui visaient
juste à créer un écran de fumée pour ne pas montrer
officiellement tout lien entre Bendjo et Klenzi, donc Benath. « C’est
Haccandy qui était avec eux. Je ne suis rentré à Benath qu’en 2014 (…) J’ai
accepté d’être administrateur pour faire de la prospection pour eux, c’est
tout. Sinon, avant ça, c’était Haccandy (…) C’est vraiment Haccandy qui était
administrateur et moi je suis arrivé en 2014 », soutient Bendjo.
Pourtant, s’il affirme avoir quitté
officiellement son mandat d’administrateur en décembre 2014, Haccandy nous
confie que depuis plusieurs années, autour de 2005, il ne fonctionnait
« plus » comme administrateur. C’est le maire du Plateau qui dans les
faits était à la manette de Benath et était à cet effet le premier responsable
de Klenzi. Mais lorsqu’il est nommé président du Conseil d’administration de la
Société ivoirienne de raffinage en 2011, il est contraint de quitter ces
responsabilités.
« En 2011, au moment où ça se
faisait, j’avais déjà passé les pouvoirs qu’on avait à Bendjo. Et comme Bendjo,
pendant la période, n’avait aucun titre officiel, il pouvait siéger. Mais en
2011, il est devenu PCA de la SIR quand le président Ouattara est arrivé [au
pouvoir]. Donc il ne pouvait pas cumuler ce rôle officiel-là avec celui de
Benath. Donc ils lui ont pris le mandat et l’ont donné à M. Mobio qui était
déjà le directeur financier de Klenzi », rappelle Haccandy lors de nos entretiens. L’homme
d’affaires précise : « Ce sont les papiers qui ont retardé.
Parce qu’en réalité, il ne pouvait pas cumuler ça avec son poste de PCA de la
SIR. Donc, les papiers ont peut-être trainé mais normalement, il était le
représentant de Benath en ce moment-là et en tant que représentant de Benath,
qui était le plus gros actionnaire, il était le PCA de Klenzi (…) Tout le
pétrole qui se vend en Côte d’Ivoire est vendu par la SIR. C’est pour ça qu’en
2011, quand Bendjo est devenu PCA de la SIR, il a été obligé de démissionner
parce que ça aurait créé un conflit d’intérêt ».
Pourtant, le conflit d’intérêt est aussi
évident. Car au moment où il est directeur général de 1997 à 2000 puis
président du Conseil d’administration de la SIR à partir de 2011, Bendjo est
actionnaire dans Benath Company, actionnaire majoritaire de Klenzi Distribution
qui est fourni en pétrole par la société publique de raffinage…
Pour sa part, Jean Yoou
Dogo, qui a été le directeur général de Klenzi, n’a pas souhaité parler
des activités de cette société. « Je ne suis plus dans la société.
Je ne suis pas dans la société, je ne vais pas parler de cette société. C’est
terminé donc je ne peux pas commenter, continuer à parler de ça. Je ne peux
parler d’une société que j’ai vendue. Je ne vais pas vous répondre »,
a-t-il indiqué à nos équipes au téléphone. Contacté par mail par le Consortium
international de journalistes d’investigation (ICIJ), basé aux Etats-Unis, Mark
Elliott a déclaré : « Je ne peux pas répondre à ces
questions » sur Benath Company. « Je suggère que
vous vous adressez aux individus mentionnés », a insisté celui qui a
également créé ses propres sociétés ou servi d’intermédiaire pour la création
de plusieurs sociétés offshores.
Benath Company a également investi en
Côte d’Ivoire dans la Société de tuyauterie et de chaudronnerie
d’Abidjan (STCA). Confrontée à des difficultés financières durant
l’année 2000, cette société décidé d’augmenter son capital en le portant de 50
millions à 100 millions de francs Cfa afin d’attirer d’autres investisseurs.
Pour aller plus loin : http://www.actualitesdroitohada.com/jurisprudence/droit-des-societes/societe-anonyme—sa/cour-commune-de-justice-et-d–8217-arbitrage–ccja—-articles-615-et-616-auscgie-revise
Comme le montre une décision de justice,
les sociétés Shaftesbury Overseas Ltd et Benath Company Ltd avaient souhaité
prendre des actions dans la STCA avec des investissements respectifs de
24 470 058 de francs Cfa et 25 250 000 de francs Cfa « complétés
de 280.000 FCFA le 30 janvier 2001 ». Mais, assure Auguste Haccandy,
cette opération de participation à cette société n’a pas abouti. Quels sont les
liens entre Shaftesbury Overseas et Benath Company ?
Selon nos documents, Claude Dauphin
(fondateur de Trafigura, la société qui a déversé des déchets toxiques en Côte
d’Ivoire en 2006) a dirigé de novembre 1996 à juin 1999 la société Shaftesbury
Overseas Ltd. créée aux Bahamas en novembre 1996. Cet homme d’affaires décédé
en 2015 figure également parmi les fondateurs de la fondation Benianh
International créée en 1996 et présidée jusque-là par Akossi Bendjo.
Une entreprise montée par un tour de
passe-passe
CITAC LTD, la
société créée par Mark Elliot en 1998 aux Bahamas et qu’il préside encore
aujourd’hui, figure parmi les « entreprises partenaires » de
la fondation Benianh International, à l’instar de Total
(actionnaire dans la SIR), de la BICICI (groupe BNP Paribas) ou la Coopération
technique allemande (GIZ)… CITAC LTD conseille plusieurs entreprises en Côte
d’Ivoire dans le secteur pétrolier dont la Société ivoirienne de raffinage (SIR)
que Akossi Bendjo a dirigée.
Pour lutter contre le fléau de l’évasion
fiscale, qui en général explique la sollicitation des paradis fiscaux, la Côte
d’Ivoire a renforcé sa réglementation depuis 2016 notamment. Cette réforme
s’inscrit dans le cadre du projet « BEPS » lancé en 2013 par
l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) à la
demande du G20. Ainsi, le code général des Impôts a majoré de 25% les sommes
imposables versées à des individus ou entreprises situés dans des paradis
fiscaux.
Désormais, les entreprises ivoiriennes
appartenant à des groupes multinationaux doivent produire « un
état des transactions » réalisées avec des entreprises associées
situées à l’étranger ou dans un pays ou territoire à fiscalité privilégiée ou
non coopératif (paradis fiscal). Sollicité par courrier, le ministère du budget
n’a pas répondu aux questions d’Eburnie Today sur
l’étendue de l’évasion fiscale en Côte d’Ivoire.
La direction générale des Impôts a
également refusé de nous donner des informations sur les activités de Benath
Company. Mais un haut cadre de l’administration fiscale confie, à propos des
chiffres sur l’évasion fiscale : « Ce sont des chiffres un
peu délicats (…) car ce sont des chiffres de souveraineté. On ne permet pas
qu’on affiche ce genre de chiffre comme ça ». Il poursuit : « il
y a des conséquences derrière avec le monde des affaires et des partenaires au
développement. C’est très délicat et très sensible. On ne s’amuse pas avec ça ».