Italia Construction obtient un répit avant l’examen de son appel
Nouveau rebondissement dans le litige foncier opposant Italia Construction à un propriétaire à Grand-Bassam. Le Parquet général près la Cour d'appel d’Abidjan a requis la suspension de l’exécution du jugement ordonnant le déguerpissement et la démolition des constructions de la société sur un terrain de 10.000 m².
Dans un communiqué daté du 10 août 2026 et
signé par la procureure générale Sori Naye Henriette, la Cour d’appel d’Abidjan
a indiqué avoir requis un sursis à l’exécution du jugement rendu le 21 juillet
par le tribunal de première instance de Grand Bassam. Le parquet estime qu’une
exécution immédiate pourrait entraîner des conséquences « manifestement
excessives et difficilement réversibles ». Le parquet précise toutefois que
cette demande de sursis ne préjuge pas du fond du litige et ne constitue
pas une décision sur les droits respectifs des parties.
Cette décision intervient alors
qu’Italia Construction a interjeté appel du jugement rendu le 21 juillet par le
tribunal de première instance de la cité balnéaire, mettant provisoirement un
coup d’arrêt à un contentieux foncier vieux de plusieurs années. En effet l’affaire
Italia Construction SARL trouve son origine dans l’installation, en 2017, du
promoteur immobilier sur une parcelle du quartier de Modeste à une trentaine de
kilomètres d’Abidjan (route de Bassam). La société y a bâti un ensemble
immobilier, en s’appuyant selon elle sur « une lettre d’attribution du
ministère de la Construction et une convention de purge des droits coutumiers ».
Deux particuliers, Douamba Moussa et
Tiahmo Rauf, ont toutefois revendiqué la propriété de cette même assiette
foncière, affirmant détenir des arrêtés de concession définitive publiés au
Journal officiel en juin 2018. Douamba Moussa se prévalait d’une parcelle d’un
hectare adossée au titre foncier n°5.204, tandis que Tiahmo Rauf revendiquait
26.000 m² rattachés au titre foncier n°7.121.
Les deux hommes ont multiplié les
recours, réclamant l’arrêt des travaux puis la démolition des constructions.
Plusieurs tentatives de règlement amiable ont échoué, dont une offre de rachat
de 20 millions de francs CFA jugée trop faible par Douamba Moussa. La Cour
suprême aurait par ailleurs confirmé, en 2025, la validité des droits fonciers
des plaignants et condamné Italia Construction à une amende.
Le jugement du 21 juillet
Le tribunal de première instance de
Grand-Bassam a tranché le 21 juillet, par un jugement civil contradictoire
portant le numéro 209. La juridiction a reconnu Douamba Moussa comme
propriétaire légitime de la parcelle litigieuse et ordonné le déguerpissement
immédiat d’Italia Construction, de ses biens et de tous les occupants installés
sous son autorité. Elle a également prescrit la démolition des constructions
érigées sur le site, avec exécution provisoire, c’est-à-dire applicable sans
attendre l’issue d’un recours.
Cette perspective a suscité une vive
émotion, notamment chez les particuliers ayant acquis des logements dans le
programme immobilier. Ils sont désormais dans l’incertitude quant au sort de
leurs biens. Face à cette situation, Italia Construction a fait appel devant la
Cour d’appel d’Abidjan. Dans son communiqué du 10 août, le Parquet général
indique avoir requis le sursis à l’exécution du jugement, en application de l’article
181, alinéa 3, du Code de procédure civile, commerciale et administrative. Cette
disposition permet au ministère public de solliciter la suspension d’une
décision lorsque son exécution immédiate risque d’entraîner des conséquences
manifestement excessives et difficilement réversibles.
Ce dossier, qui oppose un opérateur
immobilier à des propriétaires terriens autour d’un titre foncier disputé s’inscrit
dans une série de contentieux similaires observés à Abidjan et à Grand-Bassam.
La pression immobilière dans ces deux zones alimente régulièrement des conflits
sur la propriété des terres urbaines. L’issue de l’appel dans l’affaire Italia
Construction déterminera le sort définitif du terrain de Modeste et des
constructions qui s’y trouvent.