L’Afrique doit mobiliser 319 millions de dollars pour faire face à la nouvelle épidémie d’Ebola

L’Afrique doit mobiliser 319 millions de dollars pour faire face à la nouvelle épidémie d’Ebola
Une nouvelle épidémie de la maladie à virus Ebola a été signalée dans trois pays africains

Le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies (CDC Afrique) a lancé un appel de fonds de près de 319 millions de dollars afin de soutenir la riposte continentale face à l’épidémie de maladie à virus Ebola qui touche la République démocratique du Congo (RDC), l’Ouganda et le Soudan du Sud.

La nouvelle épidémie qui s’est signalé premièrement en RDC est liée à la souche Bundibugyo du virus Ebola. L’appel de fonds a été lancé lors d’une réunion de haut niveau réunissant les ministres de la Santé de l’Ouganda, de la RDC et du Soudan du Sud, des responsables de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’autres agences des Nations Unies.

« Si nous devons parler d’argent, c’est parce qu’aujourd’hui, le principal résultat de notre réunion a été de déterminer les moyens financiers dont l’Afrique a besoin pour répondre à cette épidémie », a déclaré Dr Jean Kaseya, le directeur général du CDC Afrique.

« Pour l’instant, voici le chiffre que nous pouvons avancer : entre 318 millions de dollars voir 319 millions de dollars. Sur ce montant, 264 ou 265 millions de dollars sont destinés à la RDC et à l’Ouganda, et nous disposons de 54 millions de dollars pour les autres pays, dont 7,4 millions de dollars pour le Soudan du Sud. C’est le budget que les pays demandent pour se préparer ou pour répondre à l’épidémie. »

Selon le plan conjoint de préparation et d’intervention de l’OMS et du CDC Afrique couvrant la période de juin à novembre 2026, les besoins financiers totaux s’élèvent à environ 318,9 millions de dollars américains. Ces fonds sont destinés aux opérations d’intervention en RDC et en Ouganda, tout en soutenant les activités de préparation dans dix pays africains à haut risque.

Ce plan fait suite à la déclaration d’une urgence de santé publique pour la sécurité continentale (PHECS) par le CDC Afrique et d’une urgence de santé publique de portée internationale (PHEIC) par l’Organisation mondiale de la Santé après que l’épidémie d’Ebola lié à la souche Bundibugyo se soit propagée au-delà des frontières de la RDC.

Dr Jean Kaseya, le directeur général du CDC Afrique (photo Africa CDC)
Dr Jean Kaseya, le directeur général du CDC Afrique (photo Africa CDC)

« Il est essentiel de connaître les chapitres budgétaires prioritaires et les principaux axes de la lutte que ce budget doit couvrir. Lorsque nous parlons de prévention et de contrôle des infections, nous parlons de WASH (Eau, assainissement et hygiène). C’est là que nous disposons de plus de fonds » détaille Dr Jean Kaseya, le directeur général du CDC Afrique.

« Et nous avons la prise en charge des cas, qui est la deuxième priorité, ainsi que les vaccins, les opérations et la surveillance. Ce sont les principaux domaines pour lesquels nous demandons ces 318 millions de dollars afin de répondre à cette épidémie. »

Une absence de vaccin

L’une des principales préoccupations soulevées par les pays touchés par la nouvelle flambée de la maladie à virus Ebola est l’absence de vaccins ou de traitements homologués ciblant spécifiquement la souche Bundibugyo du virus Ebola. Les autorités sanitaires sont donc obligées de s’appuyer fortement sur les mesures de prévention et de contrôle des infections, l’isolement des cas, la surveillance et la recherche des contacts.

A la date du 22 mai, l’épidémie avait enregistré 745 cas suspects en RDC et 85 cas confirmés en laboratoire, ainsi que des décès confirmés et suspects. L’Ouganda avait également signalé deux cas importés confirmés et un décès. Les autorités sanitaires ont indiqué que l’épicentre de l’épidémie se situait toujours dans la province de l’Ituri en RDC, en particulier dans les zones sanitaires de Mongbwalu, Rwampara et Bunia. C’est depuis cette zone que les transmissions transfrontalières auraient été rendues possibles notamment celles détectées en Ouganda.

Sur le budget total, environ 264,9 millions de dollars américains seront consacrés aux activités d’intervention d’urgence face à l’épidémie en RDC et en Ouganda, tandis que 54 millions de dollars américains ont été alloués à des programmes de préparation et de vigilance dans 10 pays à haut risque.

Les pays identifiés comme à haut risque comprennent le Soudan du Sud, le Rwanda, le Kenya, la Zambie, la République centrafricaine, la Tanzanie, l’Éthiopie, l’Angola, le Congo et le Burundi. Le CDC Afrique et l’OMS ont déclaré que ce financement soutiendrait 11 piliers clés de la riposte, notamment la coordination, la surveillance, les équipements et intrants de laboratoire, la prise en charge des cas, la prévention et le contrôle des infections (PCI), la logistique, la communication sur les risques, la recherche et la continuité des services de santé essentiels.

En l’absence d’un vaccin contre la souche Bundibugyo du virus Ebola, les autorités sanitaires misent sur la sensibilisation et la prévention
En l’absence d’un vaccin contre la souche Bundibugyo du virus Ebola, les autorités sanitaires misent sur la sensibilisation et la prévention

La plus grande partie du budget, soit environ 70,1 millions de dollars américains, a été allouée à la prévention et au contrôle de l’épidémie (IPC), à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (WASH) ainsi qu’aux enterrements dans des conditions sûres, ce qui représente 22,2 % du budget total. Un montant de 56,6 millions de dollars américains a également été alloué à la prise en charge des cas et aux vaccins ou aux contre-mesures médicales.

Les responsables sanitaires des pays touchés par la nouvelle épidémie d’Ebola ont averti que plusieurs défis opérationnels continuent de compliquer la riposte sanitaire. Parmi ceux-ci figurent l’insécurité dans l’est de la RDC, la porosité des frontières, la forte mobilité de la population le long des couloirs miniers et des routes commerciales informelles, la faiblesse des infrastructures sanitaires et la pénurie de personnel de santé. A ces différents problèmes s’ajoute la désinformation généralisée et la méfiance au sein des communautés.

Le plan conjoint mis en œuvre à l’échelle du continent pour contrer la nouvelle épidémie fonctionne selon le principe « Une équipe, un plan, un budget, un cadre de suivi et d’évaluation ». Il s’appuie sur l’expertise du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), l’OMS, les gouvernements des pays touchés et à risque, les organisations humanitaires et d’autres partenaires au sein d’une structure d’intervention unifiée.