Alassane Ouattara interdit la télévision de l’AES ? Attention aux accusations qui circulent sur les réseaux sociaux

Alassane Ouattara interdit la télévision de l’AES ? Attention aux accusations qui circulent sur les réseaux sociaux
Alassane Ouattara Président de la République de Côte d'Ivoire (Facebook-@Presidencecotedivoire)

Le lancement de Tafouk TV, la télévision commune du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ajoute un nouvel élément de tension aux relations déjà difficiles entre les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) et la Côte d’Ivoire. Mise à l’antenne à la mi-septembre depuis Bamako, la chaîne se veut un instrument destiné à défendre le narratif des trois régimes militaires face à ce qu’ils présentent comme une couverture médiatique hostile.

Tafouk TV s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de construction d’outils médiatiques communs aux trois Etats. L’AES avait déjà lancé, en décembre, une radio confédérale, Daandé Liptako, émettant depuis Ouagadougou sur l’ancienne fréquence de RFI. Les trois pays prévoient une agence de presse commune qui doit être installée à Niamey.

La nouvelle chaîne de télévision de l’AES, diffuse plusieurs journaux quotidiens consacrés à leur actualité et propose des émissions de géopolitique, de vérification d’information (fact-checking) et sur la situation militaire. Les programmes sont disponibles en français, en anglais et dans plusieurs langues locales.

En Côte d’Ivoire, les téléspectateurs de Canal+ ne peuvent pas accéder aux programmes de la nouvelle chaîne. Sur le bouquet, un écran noir indique que Tafouk TV ne dispose pas des « droits de diffusion » dans le pays. Plusieurs activistes et influenceurs pro-AES ont accusé le président ivoirien, Alassane Ouattara, d’avoir fait interdire la diffusion de la chaîne. L'accusation selon laquelle le président ivoirien Alassane Ouattara aurait fait interdire la diffusion de Tafouk TV repose sur des allégations non fondées (ici, ici et ici) qui circulent sur les réseaux sociaux, sans aucune preuve officielle…mais la réalité est tout autre.

Eburnie Today suit avec intérêt ce projet de la télévision de l’AES. Ce que l’on sait à ce jour c’est que c’est par un courrier daté du 12 février 2026 que le Groupe Canal+ a officiellement informé la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) qu’une nouvelle chaîne de télévision (dite nouvelle chaîne de l’AES) devait rejoindre son bouquet. Cette étape ne suffit pas pour qu’une chaîne puisse être accessible aux téléspectateurs ivoiriens.

« Nous devons nous assurer que cette chaîne respecte un certain nombre de règles et de principes éditoriaux, déontologiques, moraux et éthiques avant de permettre que la chaîne soit accessible pour le public ivoirien » indique une source au sein de la HACA. Depuis le 12 février 2026, la télévision de l’AES n’a fait aucune démarche auprès de la HACA pour indiquer sa volonté d’émettre sur le territoire ivoirien. L’absence de diffusion de Tafouk TV en Côte d’Ivoire est donc liée à l'absence d'une démarche réglementaire plutôt qu’à une décision politique d’interdiction de la chaîne.

Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir au Mali, au Niger et au Burkina Faso, aucune chaîne de télévision ou de radio de ces pays n’a été retiré du bouquet Canal+ en Côte d’Ivoire. « Si le président devait s’opposer à la télévision de l’AES, il est clair qu’il aurait commencé par bannir les télévisions publiques de ces trois pays dont le narratif est clairement hostile à la Côte d’Ivoire…mais il ne l’a pas fait. Pourquoi devrait-il subitement le faire pour leur télévision commune qui n’est pas aussi différente dans son narratif ? » s’interroge une source au sein de la HACA.

Cette nouvelle accusation intervient dans un contexte diplomatique dégradé. Abidjan entretient des relations difficiles avec les trois pays de l’AES, notamment en raison de la proximité de la Côte d’Ivoire avec la France. A cela s’ajoute la position adoptée par le président Alassane Ouattara lors des coups d’Etat qui ont porté les militaires au pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Les autorités ivoiriennes ne sont pas à leur première accusation venue de l’AES. Abidjan s’est toujours défendu d’agir contre les intérêts des militaires au pouvoir dans les trois pays du Sahel.