BRICS : le climat devient un enjeu de résilience économique et de souveraineté

BRICS : le climat devient un enjeu de résilience économique et de souveraineté

Réunis à New Delhi pour leur 18ème sommet, les BRICS ont placé la résilience au cœur de leur nouvelle feuille de route. Dans une déclaration de 45 pages, les onze membres du bloc et leurs dix pays partenaires lient désormais plus étroitement changement climatique, développement, sécurité énergétique, commerce, infrastructures et financement. Un élargissement significatif de l’agenda climatique, qui traduit aussi la volonté des économies émergentes de défendre leurs propres priorités dans les instances internationales.

Le poids du groupe donne une portée particulière à cette orientation : les BRICS représentent 49,5 % de la population mondiale, 40 % du PIB et 26 % du commerce mondial. La présidence indienne a organisé plus de 400 réunions et fait émerger un cadre commun dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et les difficultés du multilatéralisme. La déclaration réaffirme notamment les principes de l’Accord de Paris, de l’équité et des « responsabilités communes mais différenciées », tout en insistant sur les contraintes financières auxquelles sont confrontés les pays en développement.

Cette approche consiste surtout à ne plus isoler le climat des politiques économiques. Résilience des chaînes d’approvisionnement, minéraux critiques, systèmes énergétiques, infrastructures, sécurité alimentaire, assurance ou financement des petites entreprises sont désormais intégrés à une même réflexion. Les BRICS encouragent ainsi la coopération sur les réseaux intelligents, le stockage de l’énergie, l’hydrogène, l’énergie solaire, les marchés du carbone et la décarbonation des transports.

Le financement constitue l’un des points centraux. La déclaration identifie l’endettement comme un frein aux investissements climatiques et appelle à élargir la marge de manœuvre budgétaire des gouvernements. Les membres souhaitent également développer les prêts en monnaies locales, les investissements dans les infrastructures et la mobilisation des ressources de la Nouvelle Banque de développement. Pour l’adaptation, ils réclament aux pays développés un financement « supplémentaire, adéquat, prévisible et accessible », ainsi qu’un soutien technologique et au renforcement des capacités.

Cette vision s’accompagne d’une contestation explicite de certaines politiques commerciales occidentales. Les BRICS dénoncent les mécanismes d’ajustement carbone aux frontières qu’ils qualifient d’« unilatéraux, punitifs, discriminatoires et protectionnistes ». Ils estiment que de telles mesures peuvent fragiliser les économies en développement et réduire leurs capacités d’adaptation.

Pour Manjeev Puri, ambassadeur et chercheur émérite en Inde, l’enjeu dépasse la seule question climatique : « Nous nous sommes fermement prononcés contre l’unilatéralisme », souligne-t-il, en mettant également en avant la coopération sur le commerce, les paiements transfrontaliers et les chaînes d’approvisionnement.

Le positionnement des BRICS se distingue aussi par l’absence de référence au « zéro net » dans la déclaration. Rathin Roy, professeur émérite à la Kautilya School of Public Policy, y voit une différence de conception avec l’approche européenne : « Pour les BRICS, le problème du développement durable ne se résume pas au “zéro net”. » Selon lui, le groupe inscrit le climat dans une problématique plus large, associant développement, environnement et inégalités.

Sur l’énergie, le texte assume par ailleurs une approche pragmatique. Li Shuo, directeur du China Climate Hub, estime que les BRICS veulent « tracer leur propre voie en matière de climat et d’énergie », en cherchant à aligner développement et décarbonation. Le maintien d’un rôle important des combustibles fossiles dans les économies émergentes et le rejet des taxes carbone aux frontières illustrent cette volonté de définir eux-mêmes les modalités de leur transition.

Reste désormais la question de la mise en œuvre. La déclaration multiplie les pistes de coopération, de la résilience des infrastructures aux technologies solaires, mais plusieurs initiatives restent encore au stade de la discussion. Comme le souligne Li Shuo, « le véritable test pour le groupe consistera toutefois à voir comment il réagira face aux impacts climatiques de plus en plus graves » et s’il parviendra à transformer ses engagements en actions concrètes.