Le gouvernement ivoirien veut frapper toute la chaîne de l’orpaillage illégal
Le gouvernement ivoirien veut renforcer la répression de l’orpaillage illégal en s’attaquant non seulement aux exploitants clandestins, mais aussi à ceux qui financent, organisent ou facilitent leur activité. Réuni mercredi 23 septembre à Abidjan, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi modifiant le Code pénal de 2019. Le texte doit encore suivre la procédure législative avant que ses nouvelles dispositions puissent entrer en vigueur.
Présentant la volonté de réforme à
l’issue du Conseil, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a
expliqué qu’elle résultait de « l’évaluation régulière du dispositif pénal
» ivoirien, destinée à renforcer son efficacité et sa conformité avec les
engagements internationaux du pays. Le projet concerne plusieurs domaines, mais
réserve une place importante à la lutte contre les atteintes à l’environnement,
dont l’orpaillage clandestin.
Le gouvernement entend notamment
alourdir les peines applicables aux auteurs d’activités d’orpaillage illégal et
rendre certaines sanctions cumulatives. « Les peines relatives à
l’orpaillage illégal, particulièrement préjudiciable à l’environnement et à la
santé publique, ont été aggravées et rendues cumulatives », a déclaré M.
Coulibaly lors du compte rendu du Conseil des ministres.
La principale évolution tient à
l’élargissement du champ des poursuites. Le projet de loi prévoit la création
d’infractions autonomes visant les commanditaires, les financiers, les
receleurs ainsi que les propriétaires de sites qui facilitent ces activités.
L’objectif affiché est de ne plus concentrer la répression sur les seuls
travailleurs présents sur les sites d’extraction, mais de viser l’ensemble de
la chaîne qui permet à l’exploitation clandestine de se maintenir.
Les sanctions pourraient être
particulièrement lourdes lorsqu’un agent public est impliqué. Le projet prévoit
des peines pouvant atteindre vingt ans d’emprisonnement dans ce cas, selon les
informations communiquées par le gouvernement.
Cette réforme intervient dans un
contexte où les autorités ivoiriennes cherchent à renforcer les moyens de lutte
contre l’orpaillage clandestin, présenté par le gouvernement comme une menace à
la fois pour l’environnement et la santé publique. Le nouveau dispositif pénal
doit notamment compléter un plan d’action d’urgence du Conseil national de
sécurité prévoyant le déploiement de 21 pelotons de sécurité fluviale chargés
de surveiller les cours d’eau.
L’orpaillage n’est toutefois pas le seul
volet de la réforme. Le projet prévoit également un renforcement des sanctions
contre certaines atteintes graves à l’environnement, notamment le remblayage
sans autorisation de la mer et des voies d’eau intérieures. Il modifie
parallèlement plusieurs dispositions relatives à la protection des femmes et
des mineurs contre le viol et certains comportements sexuels, ainsi qu’aux
infractions visant des collaborateurs de l’administration, notamment les rois
et les chefs traditionnels.
Le texte introduit enfin une nouvelle
formulation de l’infraction de torture, intégrant le principe de responsabilité
du chef militaire et du supérieur hiérarchique, conformément à la Convention
internationale contre la torture. Le gouvernement présente cette évolution
comme une adaptation du droit ivoirien à ses engagements internationaux.